Concepteur, architecte, programmiste et ergonome
Adapter l’outil de travail à l’Homme
La prévention des risques professionnels doit trouver sa juste place le plus en amont possible, dès les phases de conception des lieux, des équipements et des situations de travail. C’est par exemple le cas lors de la conception de nouveaux bâtiments. Tous les points importants liés à la santé et sécurité du travail doivent être envisagés : éclairage, ventilation, électricité, incendie, signalisation, installation sanitaire, nettoyage et entretien…
La prévention des risques professionnels doit être prise en compte dès la conception (création, aménagement ou réaménagement) de lieux de travail ou de situations de travail. Un concepteur fonde ainsi son travail sur des connaissances techniques et sur la définition des besoins des utilisateurs, établie à partir d’une analyse de leur activité réelle. Il travaille selon les besoins avec un architecte, un programmiste, un ergonome…
Cette démarche permet de satisfaire aux principes généraux de prévention édictés par le Code du travail et elle permet à l’employeur d’anticiper, dès la conception, les enjeux relatifs à la prévention. En effet, il est important d’intégrer la prévention en amont car les actions correctives sont d’une efficacité limitée et souvent coûteuses.
3 principes dans le travail du concepteur
- Le concepteur travaille de façon pluridisciplinaire et participative. Sa démarche consiste dans la collaboration dès la phase de programmation du projet de différentes disciplines, notamment l’architecture, l’ingénierie, l’ergonomie… L’objectif est d’adapter le travail à l’homme en mettant en perspective les activités de travail futures. Il associe tout au long du projet les personnels concernés.
- L’approche du concepteur est globale. Elle prend en compte l’ensemble des composantes du projet : les conditions de travail, l’activité déployée dans une situation de travail donnée, l’hygiène, la sécurité dans l’organisation du travail…
- Le concepteur adapte le projet à la réalité. Il considère les risques éventuels liés aux conditions réelles de l’activité dans l’entreprise.
Conséquences de la non-intégration de la prévention dès la conception des lieux et des situations de travail
- Surcoûts ultérieurs : plus l’intégration de la prévention dans le projet est tardive, plus son coût est élevé
- Accidents et maladies professionnelles
- Mauvaises conditions de travail et dégradation du climat social
- Situation irréversible. L’organisation des flux, les implantations, un carrelage glissant, un escalier mal conçu, l’éclairage naturel insuffisant en constituent des exemples courants…
- Détérioration de l’image de marque (crédibilité)
Rappelons que le CHSCT ou, à défaut, les délégués du personnel doi(ven)t être associés à tout changement dans l’organisation du travail. Ils sont donc consultés pour tout projet d’extension ou de réaménagement d’une situation de travail. Le médecin du travail doit être également informé en amont de tout projet de conception, d’aménagement ou réaménagement des lieux et des situations de travail.
Importance de la programmation
Cette phase permet de définir précisément les besoins, notamment ceux en santé et sécurité du travail. Elle se base sur une étude préalable des sites, bâtiments ou situations de travail, et sur des études de faisabilité (permettant de déterminer si le projet permet de répondre aux besoins).
Elle aboutit à la rédaction d’un programme technique détaillé (PTD) faisant la synthèse des exigences qualitatives (fonctionnalité), quantitatives (surfaces), techniques, environnementales…
La parole à un architecte
J’ai eu l’occasion de concevoir un bâtiment pour une entreprise des secteurs de l’alimentaire et de la distribution. Cela a été une expérience très enrichissante et exemplaire sur la multiplicité des connaissances nécessaires pour associer la conception à la prévention des risques. Ainsi, il a fallu tenir compte des risques courants (incendie…) pour imaginer les évacuations, les zones de circulation… Mais au-delà de ce travail que j’appellerai "classique", il a fallu réfléchir aux matériaux utilisés dans le bâtiment. Par exemple, l’utilisation de revêtements anti-adhérents pour applications agroalimentaires… La conception des lieux de travail a donc tenu compte de cette contrainte et de beaucoup d’autres. J’ai dû intégrer une problématique typique liée à la sécurité alimentaire, qui s’appelle la méthode HACCP (analyse des dangers et points critiques pour leur maîtrise). C’est un principe de gestion fondamentale de la sécurité sanitaire des aliments qui nous rappelle comment éviter les dangers biologiques (virus, bactéries, température), les dangers physiques (l’utilisation de bois ou de verre est à éviter, voire à proscrire)… Au final, nous avons réussi à construire un bâtiment qui réponde aux normes du secteur et soit un espace de travail agréable pour les salariés.
Mis en ligne le 19 septembre 2011

